Nos ancêtres les Gaulois

GriotVois-tu Mon Ami, ton pays ne tiens pas ses promesses. Ce week-end encore il a plu et foi de griot, mes vieux os sont pour toujours congelés, mes narines noires gouttent et mon balafon ne veut plus jouer.
Il va donc falloir que je reste beaucoup plus longtemps dans ton pays afin que je m’y réchauffe autour d’un bon feu ou, si le Dieu que tu vénère le souhaite, sous un rayon de soleil bienfaisant que me réconciliera avec ta magnifique région.

Mon Ami, je me souviens que lorsque j’étais enfant, du temps de l’A.O.F. (Afrique Occidentale Française), un père blanc à qui je jouais, pour le plaisir, de vilains tours, avait remarqué dans mon esprit malin, quelque lueur d’intelligence.
Cette lueur m’avait value le droit d’aller à l’école, comme beaucoup de mes camarades et ceci, au lieu de passer mon temps en leur compagnie à se cacher dans les herbes à éléphants. Il y en avait beaucoup en ce temps là près de mon village. Ils sont maintenant un mythe.
Il faut que tu saches qu’à cette école, nous apprenions des choses intéressantes et deux ont particulièrement marqué l’esprit du griot que je suis devenu. L’histoire et la géographie.

Ainsi, pour parfaire ta culture africaine, j’ai appris que mes ancêtres étaient les Gaulois, que Vercingétorix, leur chef, a rendu la tâche difficile à Jules César et que la source de la Loire se situait au Mont Gerbier des Joncs, dans ton pays. L’Afrique était donc grande à cette époque….
Mon pays est donc le même que le tien mais, l’histoire a fait que ces racines ont du disparaître, pour le bien et la liberté de tous.

Mais, Griot que je suis et donc curieux de mes origines et surtout de leur couleur, tu le comprendras, et alors que le ciel ce samedi me tombait sur la tête, je me suis lancé, pour une courte durée et avec mes seules jambes meurtries de froid sur les traces gastronomiques des deux de mes aïeux gaulois qui ont accompli, il y a fort longtemps, un tour de Gaule pour garantir la renommée de leur village.

Je me suis donc rendu de Ferme en Ferme au pays de Riailles de Lagorce (dans le langage de ton village, les Ruisseaux des buissons épineux).

J’ai fait une première pause chez un éleveur de chèvres de race ROVE dont le nom évocateur ne peut laisser de doute à l’activité préférée de celles-ci. Les MANGE BROUSSAILLES.
Dissimulé sous mon déguisement d’homme blanc, tu te souviens Mon Ami, celui dont j’ai déjà parlé la semaine dernière, je me suis « fondu dans la masse » et j’ai découvert des choses surprenantes.
Ces chèvres sont robustes, rustiques, mangent plus de 450 espèces de végétaux présents dans ta région, ne craignent pas le froid et en plus, permettent d’éviter les incendies…. Avec toutes ces qualités, elles devaient faire partie du voyage de Noé, tu te souviens ? Un homme qui a transporté les animaux sur son bateau lorsque les Riailles ont gonflées, il y a fort longtemps, comme me l’a raconté le père Blanc.

Alors,  pour être sur que le mérite qu’on leur accordait était justifié, j’ai allègrement goûté à leur fromage issu d’un lait pauvre en quantité mais riche en qualité d’après les dire du Griot blanc qui nous faisait visiter son élevage.
Je t’assure Mon Frère, il n’y a pas de doute. Ce fromage est un cadeau des Dieux. Tout pousse chez toi pour réussir une telle merveille et les personnes qui ont pris, auprès de ce troupeau, le relais de ton aïeul Noé, peuvent être fières du dur travail qu’elles accomplissent chaque jour. A l’occasion, fais un détour pour les rencontrer. Elles te réserveront un accueil simple, vrai et chaleureux. De vrais africains.

A la croisée de deux chemins, j’ai rencontré un amoureux de la terre et en particulier, de son sang, celui que buvait le Père blanc chaque dimanche lors de son sermon. Cela devait être rudement fortifiant car, foi de griot, il n’en buvait pas que le dimanche et répétait, dans ses moments de rougeur (la chaleur africaine sans doute, pas comme chez toi…), que c’était le sang d’un homme qui s’était donné pour les hommes. J’ai toujours cru qu’il abusait… jusqu’au moment où je suis rentré chez PECOULAS, maître du Domaine du même nom. J’ai immédiatement été surpris par la quantité de ce « sang » qu’il conservait et je me suis fait une raison. L’homme dont le père blanc parlait et au sujet duquel je me posais beaucoup de questions devait vraiment être un grand homme pour avoir autant de sang……
La réponse à ma question ayant été enfin résolue et le père Blanc blanchi de tous soupçons, j’ai tenté de connaître le secret de Maître PECOULAS. Il m’a alors parlé avec des mots choisis, de perles blanches et rouges qui sortent de terre, qui, après être entassées sont écrasées, pressées puis reposent quelques jours, quelques semaines, quelques mois….. Le « sang de la terre » est mis en bouteilles puis vendu, parfois à des jours de marche d’ici.
Alors, sceptique et curieux comme un bonobo, je me suis laissé tenter par une dégustation.  YALLAH !!!   Foi de griot. C’est bon. C’est très, très bon. Du blanc pour commencer, du rosé au milieu et du rouge pour finir. Mes yeux de griots ont suivi le même parcours et ont changé couleur au fil de la dégustation.

Moi qui étais habitué à un vin de palme fermenté ressemblant au « brama » des hommes des cavernes, je suis resté terré comme un iguane.
Reste à te dire que Maître PECOULAS sait accueillir ses hôtes, sait faire apprécier son art et n’a pas la main légère pour te réconcilier avec des croyances perdues. A l’occasion, si tu vas voir mes amis africains qui gardent leurs chèvres, passes aussi voir ce sage. Il cultive une « bonne religion »….. Mais à consommer avec raison, comme toutes les religions.

Sur le chemin du retour, j’ai fait la connaissance d’un arbre que nous, africains noirs, connaissons de nom mais qui a du mal à pousser dans notre savane. L’olivier.
Il s’agit d’un arbre dont les fruits sont utilisés depuis la nuit des temps pour la cuisine, mais, il paraîtrait qu’en le mangeant, il fait office de remède contre certaines maladies.
Foi de Griot, je me suis donc laissé tenter par une expérience riche en découverte, celle d’essayer de découvrir les différents arômes, amertumes, ….. et puis, enregistrer dans ma vieille tête de Griot, des noms oubliés comme la Béchude, la Corgne, l’Aubenc, la Rougette, la Negrette… tiens celle-ci me parle un peu mieux et me rappelle une de mes conquêtes…. Oh, pardon, je m’égare….

J’ignorais que tant de variétés pouvaient donner de l’huile et même, pour certaines, une confiture exquise. Il faut dire, que cette ferme, le DOMAINE OLÉICOLE BIOLOGIQUE DE PONTET FRONZELE et les marabouts qui le dirigent, portent un soin amoureux à leurs arbres à qui ils ne donnent aucun traitement chimique. Que du naturel, du BIO comme ils disent. Un vrai respect de la terre, de ce qu’elle apporte et de ceux qui vont en déguster le produit. Des sages qui connaissent les vraies valeurs et qui vont chercher, au bout de la terre, des passionnés, des amoureux de ces produits, pour répandre leur agriculture à travers les peuples… Ils sont les « BIO-GRIOTS » de l’huile d’olive…..

Il était temps que je rentre, ma besace débordait d’huile, de fromage et de vin.

Le soir venu, je me suis attablé entouré de ces mets d’exception et de quelques amis passionnés et j’ai partagé un repas simple, amical, mais riche en amour de la terre, riche comme l’accueil, l’instruction et la passion que m’ont transmis toutes les personnes rencontrées durant cette journée.
Crois-moi Mon Ami, il n’y a rien de plus vrai que l’amour de la terre et la passion de sages qui en font pousser les produits pour parfaire la connaissance d’un griot en quête de vraies valeurs à transmettre.

Nos aïeux gaulois avaient raison. Il faut bien se déplacer et aller à la rencontre des gens qui cultivent ou entretiennent la terre pour se faire une très bonne idée de ce que l’on peut y trouver et apporter, aux enfants qui vont nous survivre, la richesse de leur connaissance et l’amour de cette passion.

Alors l’année prochaine, allons tous de FERME EN FERME.

Merci aux trois familles pour leur accueil chaleureux et l’autorisation de publication dans notre rubrique.